L'arbre humain
Sculpture, Sculture
 

La vie profonde - Anna de Noailles

Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !
Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace !

Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre.
- S'élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...



François Murez, Jardinier - 2008

Jardinier

Sculpture sur tronc de chêne, métal, feuillages en collages coloriés, céruse


Tiré de Saint Exupéry

Car tu n’as rien deviné de la joie si tu crois que l’arbre lui-même vit pour l’arbre qu’il est, enfermé dans sa gaine. Il est source de graines ailées et se transforme et s’embellit de génération en génération. Il marche, non à ta façon, mais comme un incendie au gré des vents. Tu plantes un cèdre sur la montagne et voilà ta forêt qui lentement, au long des siècles, déambule.

Que croirait l’arbre de soi-même ? Il se croirait racines, tronc et feuillages. Il croirait se servir en plantant ses racines, mais il n’est que voie et passage. La terre à travers lui se marie au miel du soleil, pousse des bourgeons, ouvre des fleurs, compose des graines, et la graine emporte la vie, comme un feu préparé mais invisible encore.

Si je sème au vent j’incendie la terre. Mais tu regardes au ralenti. Tu vois ce feuillage immobile, ce poids de branches bien installées, et tu crois l’arbre sédentaire, vivant de soi, muré en soi. Myope et le nez contre, tu vois de travers. Te suffit de reculer et d’accélérer la pendule des jours, pour voir de ta graine jaillir la flamme et de la flamme d’autres flammes et marcher ainsi l’incendie se dévêtant de ses dépouilles de bois consumé, car la forêt brule en silence. Et tu ne vois plus cet arbre-ci ni l’autre. Et tu comprends bien, des racines, qu’elles ne servaient ni l’un ni l’autre, mais ce feu dévorant en même temps que constructeur, et la masse de feuillage sombre qui habille ta montagne n’est plus que terre fécondée par le soleil. Et s’installent les lièvres dans la clairière, et dans les branches les oiseaux. Et tu ne sais plus, de tes racines, dire qui d’abord elles servent. Il n’est plus qu’étapes et passages. Et pourquoi voudrais-tu croire de l’arbre ce que tu ne crois point de la semence ? Tu ne dis point : << La semence vit pour soi. Elle est accomplie. La tige vit pour soi. Elle est accomplie. La fleur en quoi elle se change vit pour soi, elle est accomplie. La semence qu’elle a composée vit pour soi, elle est accomplie. >> Et de même une fois encore du germe neuf qui pousse sa tige têtue entre les pierres. Quelle étape me vas-tu choisir pour la faire aboutissement ? Moi, je ne connais rien qu’ascension de la terre dans le soleil.






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