Camélias
Camelia, Camelie
 

Camélia et Pâquerette - Théophile Gautier ( Emaux et camées)

On admire les fleurs de serre
Qui loin de leur soleil natal,
Comme des joyaux mis sous verre,
Brillent sous un ciel de cristal.

Sans que les brises les effleurent
De leurs baisers mystérieux,
Elles naissent, vivent et meurent
Devant le regard curieux.

A l'abri de murs diaphanes,
De leur sein ouvrant le trésor,
Comme de belles courtisanes,
Elles se vendent à prix d'or.

La porcelaine de la Chine
Les reçoit par groupes coquets,
Ou quelque main gantée et fine
Au bal les balance en bouquets.

Mais souvent parmi l'herbe verte,
Fuyant les yeux, fuyant les doigts,
De silence et d'ombre couverte,
Une fleur vit au fond des bois.

Un papillon blanc qui voltige,
Un coup d'oeil au hasard jeté,
Vous fait surprendre sur sa tige
La fleur dans sa simplicité.

Belle de sa parure agreste
S'épanouissant au ciel bleu,
Et versant son parfum modeste
Pour la solitude et pour Dieu.

Sans toucher à son pur calice
Qu'agite un frisson de pudeur,
Vous respirez avec délice
Son âme dans sa fraîche odeur.

Et tulipes au port superbe,
Camélias si chers payés,
Pour la petite fleur sous l'herbe
En un instant, sont oubliés !


Camélias


Camélias rouges, poème musical sur fond bleu de Prusse



Camélias rouges, poème musical sur fond bleu de Prusse.

Camélias rouges, poème musical sur fond bleu de PrusseCamélias rouges, poème musical sur fond bleu de PrusseCamélias rouges, poème musical sur fond bleu de Prusse




Camélias blancs, partition de lumière dans le vert nature



Camélias blancs, partition de lumière dans le vert nature.

CaméliasCamélias blancs, partition de lumière dans le vert natureCamélias blancs, partition de lumière dans le vert nature



Huiles sur toile : 50x50 cm




Camélias



Camélias



Huiles sur toile : 83x61 cm




Camélias



Camélias



Acryliques sur carton entoilé : 72x35 cm




CaméliasCaméliasCamélias



Gouaches : 23x18 cm




Le vieux Jardinier extrait de Saint-Exupéry

J'ai connu un vieux jardinier qui me parlait de son ami. Tous deux avaient longtemps vécu en frères avant que la vie ne les séparât, buvant le thé du soir ensemble, célébrant les mêmes fêtes, et se cherchant l'un l'autre pour se demander quelques conseils ou se délivrer de confidences. Et certes, ils avaient peu à se dire et bien plutôt on les voyait se promener, le travail fini, considérant sans prononcer un mot les fleurs, les jardins, le ciel et les arbres. Mais si l'un d'eux hochait la tête en tâtant du doigt quelque plante, l'autre se penchait à son tour et, reconnaissant la trace des chenilles, hochait la sienne. Et les fleurs bien ouvertes leur procuraient à tous les deux le même plaisir.

Or il arriva qu'un marchand ayant engagé l'un des deux, il l'associa pour quelques semaines à sa caravane. Mais les pillards de caravanes puis les hasards de l'existence, et les guerres entre les empires, et les tempêtes, et les naufrages, et les ruines, et les deuils, et les métiers pour vivre ballottèrent celui-là des années durant, comme un tonneau à la mer, le repoussant de jardin en jardin jusqu'aux confins du monde.

Or voici que mon jardinier, après une vieillesse de silence, reçut une lettre de son ami. Dieu sait combien d'années elle avait navigué. Dieu sait quelles diligences, quels cavaliers, quels navires, quelles caravanes l'avaient tour à tour acheminée avec cette même obstination des milliers de vagues de la mer jusqu'à son jardin. Et ce matin là, comme il rayonnait de son bonheur et le voulait faire partager, il me pria de lire, comme l'on prie de lire un poème, la lettre qu'il avait reçue. Et il guettait sur mon visage l'émotion de ma lecture. Et certes il n'était là que quelques mots car les deux jardiniers se trouvaient être plus habiles à la bêche qu'à l'écriture. Et je lus simplement : << Ce matin, j'ai taillé mes rosiers... >> puis méditant ainsi sur l'essentiel, lequel me paraissait informulable, je hochai la tête comme ils l'eussent fait.

Voici donc que mon jardinier ne connut plus le repos. Tu l'eusses pu entendre qu'il s'informait sur la géographie, la navigation, les courriers et les caravanes et les guerres entre les empires. Et trois années plus tard vint le jour du hasard de quelque ambassade que j'expédiais de l'autre côté de la terre. Je convoquai donc mon jardinier : << Tu peux écrire à ton ami. >> Et mes arbres en souffrirent un peu et les légumes du potager, et ce fut fête chez les chenilles, car il te passait les journées chez soi, à griffonner, à raturer, à recommencer la besogne, tirant la langue comme un enfant sur son travail, car il se connaissait quelque chose d'urgent à dire, et il lui fallait se transporter tout entier, dans sa vérité, chez son ami. Il lui fallait construire sa propre passerrelle sur l'abîme, rejoindre l'autre part de soi à travers l'espace et le temps. Il lui fallait dire son amour. Et voici que tout rougissant, il me vint soumettre sa réponse afin de guetter cette fois encore sur mon visage un reflet de joie qui illuminerait le destinataire, et d'essayer ainsi sur moi le pouvoir de ses confidences. Et (car il n'était en vérité rien de plus important à faire connaître, puisqu'il s'agissait là pour lui de ce en quoi d'abord il s'échangeait, à la façonn des vieilles qui s'usent les yeux au jeux d'aiguille pour fleurir leur dieu) je lus qu'il confiait à l'ami, de son écriture appliquée et malhabile, comme une prière toute convaincue, mais de mots humbles : << Ce matin, moi aussi, j'ai taillé mes rosiers... >> Et je me tus, sur ma lecture, méditant sur l'essentiel qui commençait de m'apparaître mieux, car ils Te célébraient, Seigneur, se joignant en Toi, au dessus des rosiers, sans le connaître.


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