Le parcours d’un peintre dans la représentation du paysage :
Georges Braque

Colloque Paysage et Jardins - 6 Avril 2012

Etude de François Murez - www.francois-murez.com
 

Colloque organisé par l'Association Saint-Fiacre Loire-Baratte


La présentation de cette étude s'insère dans le troisième colloque Paysage et Jardins organisé par l'Association Loire-Baratte. Le thème général de ce colloque est le suivant (extrait du programme):

Longtemps maltraité et banalisé, l’espace périurbain, ni ville, ni campagne, fait aujourd’hui l’objet d’attentions particulières de la part de nombreux acteurs: urbanistes, géographes, architectes, sociologues, naturalistes, consom’acteurs…
Tous s’accordent sur le fait que ses composantes sont nécessaires à la diversité paysagère et à l'équilibre des écosystèmes urbains. Les nouveaux enjeux de l’espace périurbain apparaissent à la lumière des potentialités, des attentes et comportements sociétaux, des conflits d’usage et dispositions de la loi Grenelle II…
L’objectif de ce 3ème colloque Paysage et Jardins est de partir à la reconquête de l’espace périurbain à travers un débat sur deux grands thèmes d’actualité : l’agriculture périurbaine et la démarche des trames verte et bleue.
Association Saint Fiacre - Loire Baratte

Comment associer l'art à cette démarche ? Avec quel exemple ?

Dans ce programme, nous pouvons relever trois étapes :

La Nature est au bord des villes,
(Toutes les reproductions présentées sont des oeuvres de G. Braque)
Par cause d'urbanisation, elle s'en éloigne,
Le retour de la Nature dans la ville.

Reprenons ces 3 étapes.


1) La Nature est au bord des villes :


Première étape :
D'abord, l'Antiquité. A cette époque, la nature est considérée extérieure de l'homme. Apparaît l'idée d'utilisation, d'usage de la nature et de sa modification pour assouvir les besoins humains.


Avec le christianisme, la nature est créée, passive, fonctionnant comme Dieu l’a prévu et l’homme peut en disposer et la manipuler à souhait. Il appartient cependant aux hommes non d’en disposer arbitrairement, mais d’en faire bon usage.


Avec la découverte du nouveau monde et l’émergence des grands voyages maritimes du XVIII ème siècle, la curiosité naturaliste va se développer. L’homme et l’artiste découvrent les paysages de mer …


… les paysages de montagne.



2) Par cause d'urbanisation, elle s'en éloigne :


Deuxième étape.
La société devient industrielle, la civilisation uniquement matérielle et physique. L’homme s’écarte de la Nature.

Le cubisme va marquer un abandon de la nature. Les formes perdent leur sécurité régulière, elles sont concassées comme des débris, reconstruite selon une logique qui n’est plus celle du réel.
René Huyghe


C’est le divorce avec le réel.

Le fait que, à dater du XXème siècle, l’art ait cessé de plus en plus de reproduire, et même de refléter la réalité, le fait qu’il ait marqué à son égard une distanciation et même une sorte d’hostilité, est le signe d’une rupture, d’un divorce entre l’homme et la nature qui dans les sociétés agraire, se trouvaient coordonnées .
René Huyghe



3) Le retour de la Nature dans la ville :


Troisième étape.
Ce retour existe-t'il en peinture ? Regardons ce qu'il en est chez Braque.


Le parcours de Georges Braque :


Olivier près de l’Estaque – 1907


Dans ses débuts, Braque pratiquait le fauvisme. La nature est encore très proche des villes et les artistes aiment s'y promener et la reproduire à la suite des impressionnistes. Les couleurs sont vives.

Paysage à la Ciotat - 1906


Le fauvisme appelle le bonheur de vivre, le bonheur de se partager avec la Nature.

Paysage de l’Estaque


Et pourtant les peintres s'éloignent déjà de leurs lieux habituels et partent dans le midi chercher un chromatisme violent. Le bonheur simple de la proximité ne suffit plus. La couleur ne suffit plus non plus et progressivement les angles vont apparaître.

Terrasse de l’hôtel Mistral


« C’est alors, vers 1907, qu’ont dû se montrer, dans la couleur pâlissante, ces traits aigus et ces angles qu’un peu plus tard on appellera cubisme »
Jean Paulhan


Le viaduc à l’Estaque - 1908


Braque en arrive donc à cette deuxième étape qui réside dans une certaine distanciation par rapport à la Nature.


L’hiver 1908-1909 marque le début d’un dialogue entre Braque et Picasso, qui confrontent les problèmes nouveaux soulevés par leur peintures.


« Notre admiration tient au lien de ce génie avec la révolution picturale la plus importante du siècle, au rôle décisif joué par Braque dans la destruction de l’imitation des objets »
André Malraux

Entre les deux guerres, Braque pratique les natures mortes en atelier.

Pichet et fruits _______ Théière et Raisin


« Je travaille toujours plusieurs toiles à la fois, (…) Je mets des années pour les terminer, mais je les regarde tous les jours… Je trouve qu’il faut travailler lentement. Celui qui regarde la toile refait le même chemin que l’artiste et comme c’est le chemin qui compte plus que la chose, on est plus intéressé par le parcours »
Georges Braque

Puis, revient la guerre, en cette période d’angoisse, Braque réalise une série de tableaux austères.

Poissons noirs - 1942 ________ Carafe et poissons


« Braque, lui, prend le temps pour allié. Ses toiles au lieu de se succéder, se superposent ; elles sont toujours recommencées, jamais finies »
Jean Grenier

Intérieur à la palette - 1942


« La peinture de Braque est sa propre fin et aucune existence n’est possible en dehors de ses deux ateliers qu’il s’est fait construire avec tant de soin à Paris et à Varengeville… »
Jean Leymarie


Table dressée devant la fenêtre


Braque va élargir son univers autrefois cantonné à l’atelier, vers la mer et les champs environnants.

Paysages à Varengeville - (1955-1956)


Voici donc le retour du peintre vers la Nature, notre troisième étape précédente.


Sa peinture solide et dense s’accommode de ce pays de labours.


Braque disait à propos du limon :« J’aime ce mot, il est le fondement de tout art: le limon. C’est du limon de la terre que l’homme a été créé. J’essaie de tirer mon œuvre du limon de la terre.»

La charrue


L’Art et l’Espoir



La civilisation moderne a permis à l’homme une maîtrise du monde extérieur... Ce faisant, il travaille à le détruire en l’épuisant ou en le polluant. Il en résulte (…) une négligence de la vie intérieure réduite à la pratique utilitaire des facultés rationnelles. Il faut maintenant attendre, avec espoir, un retour aux exigences de la réalité intérieure. L’homme doit reconquérir sa maîtrise et retrouver le sens de son épanouissement
René Huyghe : La nuit appelle l'aurore - 1980

A tire d’aile – 1956-1961


Depuis l’aurore du monde jusqu’à la fin du Moyen Age, l’oiseau n’a cessé d’être au centre des croyances et de l’imagination de l’homme. Et puis, soudain, l’Oiseau est mort… Certes, nous devons à Braque le retour de l’Oiseau légendaire, mais encore cette preuve réconfortante qu’il est possible de revivre le commencement du monde dans ce monde finissant. La résurrection de l’Oiseau est aussi celle de l’Espoir.
Franck Elgar, 1958

Ainsi, le peintre, encore faut-il qu'il soit de bon niveau, n'est pas comme on le fait souvent croire par facilité, en dehors de la société. Il n'est pas étranger à la vie du commun mais la ressent au plus fort et bien avant les autres. Il est en avance sur ces contemporains et anticipe les grands mouvements de sociétés.


Bibliographie :
Jean Paulhan, Braque le patron
André Malraux, Oraison funèbre de Braque
Jean Grenier, Braque dans son atelier
Jean Leymarie, Braque
Frank Elgar, Résurrection de l'oiseau



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