La composition chez Jean Arp
Selon les lois du hasard...

Etude de François Murez - www.francois-murez.com
Peintures
de
Montagnes
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Mont-Blanc



Extraits de : Jean Arp ou la loi du hasard
(Philipe Dagen, article du Monde de novembre 2008)

    ... Il s'en tient au premier moment, à la forme telle qu'elle apparaît, à l'intuition érotique de la main, à la trouvaille instantanée de l'oeil, au hasard. Il veut maîtriser le moins possible pour ne pas perdre ce qu'il y a d'explorations dans la création ...

Rectangles selon les lois du hasard (1916 - 1917)



    Faut-il s'en tenir au hasard dans sa forme la plus fortuite ? Faut-il, comme cela est souvent écrit, croire que Jean Arp a collé ou peint les formes comme elles se sont présentées après une chute inopinée ? Ou faut-il croire que c'est un peu plus complexe, que l'artiste a quand même une certaine maîtrise de sa création ?



Composition

... ou l'usage de la section d'or.


    Le hasard est ma matière première
Jean Arp


Rectangles


Deux axes verticaux et deux axes horizontaux placés selon la section d'or des côtés du rectangle délimitent la position des formes et créent une symétrie. Les éléments du haut répondent à ceux du bas comme ceux de gauche à ceux de droite.

D'autres coupures verticales, toujours suivant la section d'or, complètent le positionnement des formes.


Le même principe est appliqué encore une fois...


Puis ce qui a été fait sur les verticales peut être reproduit sur les horizontales.
Ainsi chaque forme se retrouve positionnée voire dimensionnée par ce quadrillage. Gageons que nous pourrions le poursuivre plus finement pour compléter cette composition, mais ce serait lassant.



Le même principe s'applique t'il ailleurs?

Bois flotté - Collage

Même principe de quadrillage par la section d'or. Les éléments se placent autour de ces lignes.




Reliefs

Appliquons les sections d'or sur les verticales et horizontales suivant le même principe que précédemment.

Puis les sections secondaires sur les 2 axes.

Les reliefs se positionnent grâce à ces axes, plus librement certes que dans le cas des rectangles précédents mais en relation avec le même principe de répartition sur la surface et de symétrie.



    Nous rejetons tout ce qui était copie ou description pour laisser l'Elémentaire et le Spontané réagir en pleine liberté.
Jean Arp

La mise au tombeau des oiseaux et papillons (1916 - 1917)

Sur cette forme libre de cadre, traçons un rectangle avec le grand côté et le petit côté dans le rapport d'or. Ce rectangle encadre les formes intérieures.

Puis appliquons les mêmes axes que précédemment aux sections d'or. La forme de droite est ainsi positionnée.

Traçons alors un carré ayant pour côté le grand côté du rectangle et positionné à une distance égale du côté gauche du rectangle que la distance entre ce côté du rectangle et l'axe principal de la section d'or (distances imagées par le segment vert). Ce carré encadre la forme de droite.

Un jeu de diagonales s'appuyant sur le carré extérieur et les intersections des axes horizontaux et verticaux encadrent la forme extérieure de l'oeuvre.

Cette oeuvre libre de cadre repose en fait sur une structure double de cadres, un pour architecturer l'intérieur de l'oeuvre, un pour en tracer l'extérieur.



    Il (Arp) s'en remettait au hasard en disposant sur un carton des papiers découpés sans intention et préalablement mis en couleurs, la face colorée tournée vers le support. Il brouillait ensuite les papiers, les dispersant sur la surface délimitée du carton. Il ne lui restait plus ensuite qu'à les retourner et à les coller en respectant la distribution des formes et des couleurs, oeuvre du hasard.
Georges Hugnet - L'aventure Dada

Rectangles selon les lois du hasard (1916 - 1917)

Collage de papiers sur carton jauni

Les sections d'or habituelles structurent l'oeuvre et dégagent la symétrie.

Axes secondaires horizontaux qui délimitent en hauteur certains éléments.

Pour exemple, un axe secondaire vertical qui cale une diagonale délimitant des éléments du tableau sur la droite.

La distance entre deux axes horizontaux (imagée par un segment bleu clair, en haut à gauche) se retrouve dans plusieurs hauteurs d'éléments du tableau.

Si on reprend cette distance et qu'on calcule une distance plus grande selon le rapport d'or, on retrouve, en exemple, la longueur de plusieurs éléments verticaux (imagée par deux grands segments bleu clair).

Maintenant, si on prend la distance entre les deux axes supérieurs (imagée par le segment vert), on la retrouve comme taille de plusieurs éléments.
Ce sont des exemples, en cherchant, on en trouverait certainement d'autres dans la même logique.

Tous ces éléments en cohérence que l'on retrouve disséminés dans l'oeuvre sont autant d'exemples de coïncidences répétitives.

    La récurrence régulière de faits ou d'évènements identiques ou semblables, récurrence ou assemblage dans le temps ou dans l'espace telle que les membres individuels de la séquence - autant que l'analyse sérieuse permette d'en juger - ne sont pas reliés par la même cause active.
Paul Kammerer - La loi des séries

Alors, puisque tout est placé, découpé, suivant une démarche structurée et des rapports de dimensions calculés, qu'est ce que sont ces lois du hasard ? Certainement pas la fortuité pure et simple, tout cette démonstration le prouve.

    Un phénomène résultant de la coopération de plusieurs causes réellement indépendantes sera donc un fait fortuit, si nul principe n'intervient qui unisse entre elles les causes indépendantes.
Octave Hamelin - Essai sur les éléments principaux de la réprésentation - 1907

Et ici, le principe unifiant est bien la composition...
Poursuivons en reprenant un commentaire sur le poème de Tzara "Pour faire un poème dadaïste"

    Tzara n'appliqua en effet presque jamais, observe Béhar, le processus qu'il avait inventé. c'est à dire que son texte, tout en prescrivant les normes de composition de nouveaux textes, ne se conforme pas lui-même à ces normes...
    Une nette distinction s'opère ainsi entre une écriture d'ordre opérationnel (le texte poétique) et une écriture d'ordre méta opérationnel (le manifeste). Si, dans le premier, le hasard représente l'ingrédient fondamental, dans le second son abolition constitue une condition indispensable pour illustrer son emploi.
Dada circuit total - Henri Béhar, Catherine Dufour

Le même commentaire peut être appliqué à l'oeuvre de Arp. L'oeuvre réalisée ne suit pas les lois du hasard pour imager le geste de la main de l'artiste dicté par le hasard.




Et pour finir, qu'en est-il des tableaux de Sophie Taeuber ?

Sophie Taeuber

Appliquons les sections d'or sur les verticales et horizontales suivant le même principe que précédemment

Ici aussi, la section d'or organise et donne sa respiration à cette oeuvre.
Ainsi, les deux artistes ont aussi partagé leur principe de construction d'un tableau.


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