Ramdam à la Grenouillère

(Histoire créée par François Murez)



Nos deux amis sont dans l’estuaire de la Canche, près du dernier coude avant que la rivière ne rejoigne la mer. Ils pêchent le flet, poisson plat ; mais vu ce qu’il en reste, quand ils en attrapent un, ils le remettent à l’eau, bienheureux de le voir onduler pour regagner les fonds, de toute façon ce n’est pas pour ce que cela peut nourrir !!


Estuaire de la Canche
© Photo François Murez


Quand la pêche les fatigue, Balthazar plonge dans l’eau avec Vittorio sur le dos et les voilà remontant le lit de la Canche jusqu’aux bords de la ville, au pied de l’ancienne falaise, au bas des remparts.


Montreuil sur Mer


Là, ils ont à faire ou plutôt à manger. En effet, un cuisinier de l'Auberge de la Grenouillère est leur ami et souvent leur dresse couvert et table bien garnie. Vittorio, il ne s’agit pas de faire comme la grenouille peinte sur les murs de l’auberge qui éclate de trop manger. Bien manger, certes, manger beaucoup, oui, mais trop manger, non… Cela creuse, l’air de la mer !!


Auberge de la Grenouillère


L’autre, le Grandgousier, est dans les dunes avec son cousin Tige ed 8, un grand loup efflanqué, un « grind dépendeux d’andoulles », comme on dit. Tige ed 8 n’est pas un loup sot comme notre Grandgousier. Il a de l’instruction et se régale des histoires du Zef Cafougnette. Un loup bien, comme quoi cela existe. Et que Grandgousier fatigue par son éternelle quémande de nourriture.

Les deux loups chassent, cachés derrière les oyats, les argousiers, les pins… Le gibier est bien dans ces dunes, mais comme pour la pêche, il arrive un moment où cela devient fatigant, c’est dur de monter, descendre, dans le sable. Il faut se reposer et Tige ed 8 emmène son cousin dans une auberge de ses amis où il fait bon boire une bière.


Brueghel - Chasse aux lapins (1560)
On peut distinguer sur cette gravure, les deux cousins à l'action, la Canche qui serpente, le toit de l'auberge, l'ancienne falaise, un bout des remparts (Tout y est !!)


Et les deux loups sont à vider leur chope dehors quand nos deux amis sont à manger dedans, car bien sûr, il s’agit de la même auberge, celle de la Grenouillère. Mais Grandgousier, la bière, ca va cinq minutes, il lui faut du consistant et puis de si bonnes odeurs lui viennent à la narine. Il s’énerve, notre Grandgousier, oui, il s’énerve, parle fort car il veut manger et en a assez de ce « leup » intellectuel, il lui faut faire bombance et vite.


David Teniers - Le festin des singes (1657)
Il ne faut vraiment pas être perspicace pour ne pas reconnaître nos héros dans ces attitudes simiesques.


Balthazar et Vittorio, à ces cris bien connus, passent un œil par la fenêtre et voient nos deux loups, un énervé, un impassible. Vite, ils se dépêchent de finir leurs assiettes, on ne sait jamais comment cette histoire va se terminer, mieux vaut être prudents et demandent à leur ami cuisinier de disposer dans la salle de l’auberge des plats, encore des plats, sous chaque fresque de la bonne grenouille qui s’empiffre.

Bon voilà, vous avez tout compris, le Grandgousier entre dans le restaurant, par l’odeur alléché, pourrait-on dire. Tige ed 8 a bien compris la farce, comme vous lecteur, mais ne dit mot car son cousin le fatigue vraiment.

Grandgousier passe de table en table, mange tout sans prendre garde à la fresque moqueuse (fi de l’art, fi de loup), enfle comme une barrique et tous en cœur, Balthazar, Vittorio, Tige ed 8 et le cuisinier lui donne un grand coup de « ramon » qui l’envoie éclater sur les fortifications de la citadelle. Il ne fallait quand même pas qu’il éclate dans la salle, ce n’est pas propre.

Certain a dit qu’il ne fallait pas vivre pour manger, Tige ed 8 préfère citer Jules Mousseron pour clore cette histoire :


Pour mi, j’ cang’ros point m’briquet
Pou tous les plats d’un banquet



Jules Mousseron - Al'fosse

© François Murez 2008
Déposé à la Société des Auteurs