Avertissement

Ces histoires courtes ne sont que de simples résumés de faits divers, arrivés un jour, et qu'il aurait été long et fastidieux de relater dans leur complétude. Aussi, il nous est apparu suffisant de n'en raconter que les éléments essentiels en quelques mots. De simples recherches dans les archives locales permettraient d'en retrouver tous les détails.
Des personnages, hauts en couleurs, reviennent souvent dans ces histoires. Décrivons les rapidement :

Balthazar :

Balthazar, dit le crocard, est un crocrodile affamé. A l'inverse de ses congénères naturels, il a tout le temps faim. Il est fort, intelligent et se met vite en colère, surtout quand on veut toucher à son ami Vittorio.

Vittorio :

Vittorio, dit le chiot, a été recueilli par Balthazar, on ne sait plus, ni quand, ni comment, mais cela ne fait rien. Ce chien (est-il encore vraiment un chiot, depuis le temps ?) est aussi un affamé comme son protecteur. Il est intelligent et surtout malin. Aucune histoire passionnante ne pourrait exister sans ces deux personnages.

Grandgousier :

Grandgousier est un loup bête et méchant, donc dangereux. Lui aussi, a toujours faim. Ayant une très vague idée de sa bétise, il traîne toujours où sont nos deux précédents compères : il lui est plus facile de leur voler leurs festins que de s'en trouver lui-même, enfin pense-t'il !

Les 2 M :

Les 2 M sont des frères, mineurs au moments des faits. Il nous faut donc conserver leur anonymat, mais juste dire que ces histoires ont été mises en forme pour eux.



Les Jambons de Paris.

(Histoire créée par François Murez)


Balthazar et Vittorio sont bien embarrassés. Ils doivent aider l’Auteur de ces lignes à préparer son exposition de peintures sur le thème : Bois et Corolles. Mais quel thème barbant et peu nourrissant !

Bois, Dessin François Murez (2009)


Ce serait « Poulaillers et Garennes », par exemple, ah quel plaisir, mais là rien d’intéressant, que du bucolique, des paysages, des jardins fleuris...

Gibier, Ad Braun (1860)


Mais il faut bien l’aider, car souvent il place nos deux amis dans les meilleurs rôles et puis il faut se méfier des personnes qui tiennent une plume dans leur main, car ils peuvent en avoir une ailleurs, alors on ne sait jamais ce que cela peut donner.

L’écrivain, Fragonard (1769)


Balthazar et Vittorio décident donc de faire bonne figure à l’Auteur de ces lignes mais en cachette de faire comme ils en ont l’habitude : se fatiguer pour remplir leur panse.

Ils vont bien donner un coup de main pour amener toiles et sculptures puis tenir la boutique mais en même temps ils vont stocker dans le sous-sol de la galerie tout un stock de jambons, de Paris bien sûr, jambons qu’ils ont subtilisés adroitement dans les boucheries avoisinantes. Cela leur permettra de tenir le coup.

Les Halles, Atget (1898)


Vittorio a une bonne idée et la confie, à voix basse, à Balthazar qui en rigole dans sa moustache de crocard.

Paris – Foire aux jambons


Ainsi pensé, ainsi fait, l’Auteur de ces lignes voit les deux amis qui lui donnent un bon coup de mains et il ne se doute de rien. Le chiot se marre en douce.

Voilà tout est prêt. Le jour de l’inauguration arrive.

L’Auteur est installé pour recevoir les visiteurs. Balthazar et Vittorio sont dans le sous-sol pour manger…

Bien sûr Grandgousier est entré dans Paris et rôde, à son accoutumée. Il se doute que les deux amis ont préparé un festin.

L’exposition a cours, le vernissage réunit du beau monde qui se délecte de petits morceaux… Mais Grandgousier n’ose entrer, il a conscience qu’il ferait tache.

Pourtant qu’est-ce que cela sent bon !!

L’enseigne de Gersaint, Antoine Watteau (1720)


L’exposition se termine comme toute chose, les tableaux sont enlevés. Les 2 amis ont volontairement laissé quelques jambons dans le sous-sol et laissent la porte ouverte en partant. Le loup s’engouffre.


Mais….

Personne n’a su, surtout pas l’Auteur de ces lignes, que Vittorio avait laissé dans chaque boucherie visitée une invitation pour une exposition sur l’histoire des jambons qui se déroule , bien sûr, dans la même galerie… et juste après la véritable exposition…

Nos bouchers, se doutant d’une supercherie car peu enclins à l’Art, viennent tous en tabliers blancs avec leurs grands couteaux. L’Auteur part, les bouchers entrent, bonjour, bonjour et tombent sur Grandgousier dévorant les derniers restes de jambons, de leurs jambons.

Paris- Les garçons bouchers, Irving Penn – 1950


Et alors…

Le loup était entré dans Paris mais resta, telle une œuvre d’art, écorché sur le mur de la galerie.


Chaïm Soutine, Grandgousier écorché

© François Murez 2009
Déposé à la Société des Auteurs